dimanche 10 avril 2022 | Le Dauphiné Libéré | Annecy

Pascal Wintz, un pianiste tout terrain

Entre jazz et classique, le musicien annécien mène sa carrière sur les sept octaves de son instrument.

Le piano prend bien un tiers de la pièce. Il est majestueux, c’est un Steinway. L’instrument est d’un noir profond et d’une sonorité exceptionnelle. Le salon est discrètement capitonné, à l’image de cette petite maison en bordure de route. Peu d’éléments autour, une table et un canapé suffisent à la convivialité et surtout à l’acoustique du lieu.
« Pour mon premier concert, on avait loué ce piano à André Ruscon. Il était très connu sur Annecy. Il prenait sa retraite et en a causé avec mon père. Il vendait son piano. Mon père lui a alors acheté. Depuis, c’est toujours le même. Il est de 1986 et ne bouge pas, ne s’altère pas. »
Pascal Wintz est un pianiste tout terrain. Prédilection pour le jazz. Mais le grand répertoire garde sa place. Il a commencé la pratique dès l’âge de 5 ans. Une professeur à Saint-Jorioz, puis les premiers pas dans le bleu des notes avec Freddy Roux à Annecy.
Sa scolarité passe brièvement par Berthollet, préférant l’enseignement par correspondance pour mieux se consacrer à son instrument. Beaucoup le donnait perdant. Mais le Bac se décroche haut la main malgré une difficulté qu’il ne souhaite à personne.
À l’époque, seul le Conservatoire de Genève a un département jazz. Il y avale tout le cycle puis rejoint Paris pour y étudier le grand répertoire. Ses préférences, Bach, Mozart, Chopin. Il y apprend la justesse, la profondeur, l’intensité et l’émotion. Sauf que le swing lui brûle les doigts.
Il décroche son premier job à 18 ans avec un contrat de trois mois au piano du bar de l’Hôtel du Palais à Biarritz. Si l’expérience est excellente, elle va le conforter à poursuivre ses études pour ne pas se retrouver à faire cela toute sa vie.

« Maintenant, la bibliothèque d’Alexandrie des musiciens, c’est YouTube »

« Mon répertoire de prédilection c’est le vieux jazz, celui des années 30 et 40. C’est Fats Waller et Erroll Garner. Ils étaient vraiment des pianistes qui jouaient à deux mains si je peux dire. Du temps où j’étais au conservatoire, il y avait des chapelles vraiment closes entre les genres. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus ouvert. Les grands festivals de musique classique ont tous un concert de jazz. Les publics en classique et jazz ne sont pas si différents. J’essaye de prendre des thèmes classiques et de les transformer en standards, comme dans le jazz, pour que l’on puisse improviser dessus ».
Pascal Wintz reste attaché à la partition papier, au songbook. Aucun disque chez lui, juste une tablette qui lui donne accès à tout. « Gamin, j’allais à la bibliothèque de Bonlieu pour y prendre des disques et les enregistrer sur cassettes. Maintenant, la bibliothèque d’Alexandrie des musiciens, c’est YouTube. J’aurai aimé avoir connu ça à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, j’y mets en ligne mes arrangements. Certains les achètent, d’autres les retranscrivent. C’est très étonnant et ça va même jusqu’en Corée ».
Au fond de la pièce, le Steinway ne demande qu’a sonner. La pile de bouquin est atractive. La première de couverture des « Misérables » attire tout de suite l’attention. Les notes de Claude-Michel Schönberg évidemment. C’est le livret anglais, Pascal Wintz nous fait cadeau de « I dreamed a Dream », œuvre qui fait toujours battre le cœur du quartier de West End à Londres.
Yannick PERRIN

dauphine 2022
Le Dauphiné Libéré, article du 22 avril 2022
De concerts en ciné-concerts

Pascal Wintz développe ses programmes sur les deux registres, classique et jazz. Il est accompagné par le violoniste William Garcin et le violoncelle de Pascal Gessi. Formule en solo, duo ou trio, musique de chambre qui se consacre aussi bien aux pièces romantiques qu’à des partitions beaucoup plus récentes. De Vienne et Saint-Germain-des-Prés, la musique se partage entre salles de spectacles, réceptions et cérémonies.
La formule ciné-concert vient aussi s’ajouter. Avec quelques vieux Chaplin sous le coude, il propose une relecture musicale en fouaillant dans ses tiroirs à partitions pour concevoir un programme inédit selon les scènes des films. Il habille ainsi la séance de cinéma en direct, son piano au pied de l’écran, Charlot et son petit chapeau rivé sur la tête, toujours en équilibre sur son jeu musical.


Magazine Vivre à Annecy - été 2022 :

PASCAL WINTZ, LE PIANO DANS LA PEAU

Dire que Pascal Wintz est un pianiste passionné est un euphémisme ! À cinq ans, l’Annécien joue ses premiers accords, encouragé par des parents musiciens, et à l’adolescence il décide de faire de cet instrument aux mille facettes son compagnon de route professionnelle, quitte à passer son baccalauréat par correspondance ! « Le déclic, c’est un ami de mes parents qui jouait du piano-jazz. Ça m’a subjugué. je me suis que c’était ce que je voulais faire ». Plutôt attiré par le jazz qu’il apprend avec Freddy Roux et au conservatoire de Genève, il fait un détour par le répertoire classique lorsqu’il poursuit sa formation à Paris. « Je ne disais à personne que je jouais du jazz ! » rit-il. De retour à Annecy au début des années 1990, il multiplie les concerts privés, les mariages, les animations… « Ce qui est marrant, c’est qu’au début j’ai fait beaucoup de concerts "classique". Je trouvais que le jazz n’allait pas trop pour ce genre de prestation. Je jouais "mes" Mozart et je glissais un petit jazz. Et comme les gens trouvaient que je jouais mieux le jazz, j’en ai mis de plus en plus pour finir par quasi arrêter le classique, en concert en tous cas ».

UN EFFET PRESQUE "PHYSIQUE"

Quel que soit le répertoire, qu’il soit seul en scène ou accompagné de musiciens (contrebassiste, violoncelliste, batteur ou violonistes dont William Garcin) ou de chanteuses (Assia, Marina Lozano, Christine Hominal…), Pascal Wintz ne se lasse jamais du piano. « La vibration me fait un effet presque "physique" ! Ce qu’on ne peut ressentir avec un instrument électrique. Et puis avec le piano, on a accès à toute les musiques. C’est ce que j’aime : jouer des tas de morceaux différents. » Alors que la composition n’est pas ce qui l’attire le plus, Pascal Wintz se livre avec grand plaisir à l’improvisation. Et il n’y a pas que les spectateurs qui apprécient : « Sur mon site internet, je publie des vidéos (dont une vue 1,5 millions de fois), je vends les enregistrements de mes concerts… Et depuis quelques années, un gars que je n’ai jamais vu retranscrit mes solos de jazz ! Il vend des dizaines de partitions par semaine ! Il me les envoie avant pour que je puisse corriger les erreurs ! »

Cécile Boujet de Francesco

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Magazine Vivre à Annecy, été 2022

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